Etudes et Analyses

Interview d'une étudiante-entrepreneure

Le statut d'étudiant entrepreneur a été lancé en septembre 2014. Il permet aux étudiants, mais aussi aux jeunes diplômés de se lancer et de créer leur entreprise. Chapeautés par le Pôle Etudiant pour l'Innovation, le Transfert et l'Entreprenariat (PEPITE), ils peuvent compter sur l'aide de professionnels et d'enseignants.

abonnez-vous

Consultez
toutes nos études
& analyses sectorielles
en illimité !

img

à partir de
19.95€
sans engagement
de durée

Voir les offres
Rencontre avec une étudiante-entrepreneure

Credit Photo : Pixabay

Obtenir le statut d'étudiant-entrepreneur

Pour obtenir le statut d'étudiant-entrepreneur, il faut avoir moins de 28 ans, être bachelier, étudiant ou jeune diplômé, et avoir un solide projet de création d'entreprises. L'étudiant doit ensuite déposer un dossier auprès du PEPITE. Un comité sélectionnera les meilleurs dossiers et le jeune entrepreneur obtient alors le statut demandé.

Il peut alors préparer un diplôme d'établissement étudiant-entrepreneur (D2E). Celui-ci ajoute des crédits ECTS à la formation suivie par le candidat tout en lui ajoutant une réelle plus-value.

Les atouts du statut d'étudiant-entrepreneur

Bénéficier du statut d'étudiant entrepreneur, c'est profiter d'un accompagnement personnalisé. Celui-ci est mis en place par des professionnels et des enseignants et répond aux besoins de l'étudiant. Cet accompagnement est sérieux et apprécié des établissements bancaires qui n'hésitent pas à accompagner à leur tour les jeunes entrepreneurs.

Le PEPITE fournit également des locaux aux étudiants qui peuvent ainsi travailler sereinement et, pourquoi pas, créer un réseau. Les horaires de cours sont aménagés, les aides sociales maintenues et l'entrepreneur en herbe conserve son statut d'étudiant au niveau de la protection sociale.

Rencontre avec Jennifer Arnoux, étudiante-entrepreneure

Le statut d'étudiant-entrepreneur est un véritable tremplin pour les jeunes motivés. C'est ce que nous prouve Jennifer Arnoux, étudiante-entrepreneure. Elle mène de front ses études à Strasbourg et sa petite entreprise de rédaction de contenu web. La réussite est-elle au rendez-vous ? Découvrons-le !

Parle-moi de ton parcours et de ta situation actuelle ?

Je suis étudiante depuis un petit moment déjà. J'ai obtenu mon bac STL BGB (technologie de laboratoire) en 2008 et depuis je suis passée par la fac de droit que j'ai finalement arrêté par manque de résultats. J'ai enchainé avec un BTS Notariat en 2011 que j'ai obtenu en 2013. Je n'avais pas envie d'être clerc de notaire, métier auquel permettait notamment d'aboutir cette formation. J'ai donc décidé de poursuivre mes études par une L3 d'administration publique à l'IPAG de Strasbourg, puis par un M1 d'administration publique dans le même établissement.

En parallèle de mes études, j'ai travaillé, comme tout étudiant le fait généralement l'été ou en cours d'année. J'ai eu de petits boulots comme tout le monde : j'ai par exemple rempli les rayons dans un Leclerc et j'ai travaillé dans les champs de maïs. Au cours de l'été 2011, j'ai cherché un travail saisonnier un peu plus valorisant et j'ai postulé à quelques annonces sur Internet. J'ai décroché un job de coursier en douane dans une entreprise de transport et de pigiste pour des magazines people. J'ai passé l'été à faire ça !
Prise d'intérêt pour l'écriture depuis toujours, j'ai continué à rédiger des articles people dès le début de mon BTS. Si tout ça s'est malheureusement arrêté en janvier 2012, ça m'a également permis de me lancer dans le domaine de la rédaction web en tant qu'autoentrepreneure cette fois-ci. J'ai donc débuté mon activité au cours du même mois avec un premier client (un expert-comptable).
Depuis 3 ans et demi maintenant, je rédige des articles sur des thèmes divers et variés. Je peux par exemple aussi bien toucher au domaine du tourisme, que de l'équitation en passant par le droit et le jardinage ! C'est passionnant. Ça l'est d'ailleurs tellement que j'ai décidé de développer cette activité en créant une agence de rédaction web.
Pour m'aider dans cette démarche, j'ai postulé en Master 2 dans le domaine de l'entrepreneuriat avec ce projet en tête et j'ai été prise dans les trois M2 demandés... il ne me reste plus qu'à faire mon choix !

Comment t'organises-tu ?

Être étudiante-entrepreneure à la fois n'est pas évident. Cela demande une organisation de tous les instants pour pouvoir tout gérer. En effet, en tant qu'étudiante, je dois pouvoir assister aux cours qui me sont dispensés, faire les exercices, les TDs et les différents travaux qui me sont demandés, et surtout préparer mes examens pour valider mon année. En tant qu'autoentrepreneure, je dois être capable d'assurer les commandes qui m'ont été passées en temps et en heure, chercher de nouveaux clients, fidéliser les précédents, établir les factures et vérifier ce qui a été payé ou non. Je ne le cache pas, ce n'est pas toujours évident d'allier ces deux activités et de profiter de sa vie en dehors comme la plupart des étudiants le font. Il faut arriver à déterminer ses priorités. Je ne dis pas que je ne sors pas, je le fais bien sûr et c'est essentiel pour la santé mentale. Il faut arriver à s'aérer, à faire du sport, à voir ses amis, tout en étudiant ! Mais je ne perds jamais de vue mes clients et mon travail. C'est fatigant.... D'autant plus que j'ai tendance à toujours tout remettre au lendemain... vilain défaut dans le monde de l'entrepreneuriat que j'ai compensé en m'achetant un agenda (accessoire indispensable à tout étudiant autoentrepreneur). J'y note absolument tout pour ne pas m'encombrer l'esprit avec une commande, un rendez-vous téléphonique ou une interview programmée tel jour.

Contrairement aux étudiants qui ne travaillent qu'en période estivale ou même qui occupent un emploi à temps partiel dans une entreprise lambda, être à son compte demande une disponibilité de tous les instants. C'est un véritable travail à temps plein et il vaut mieux y être préparé. Quand je n'ai pas le temps de travailler la semaine, je dois m'y mettre le weekend. D'ailleurs, quand je rentre d'une journée de cours, je commence une deuxième journée... ça occupe souvent mon esprit ! Je ne cache pas qu'il m'arrive parfois de me coucher à des heures très déraisonnables pour finir un article !Je dois constamment être disponible par mail (je consulte d'ailleurs ma boîte mail un nombre incalculable de fois) ou par téléphone, même quand je suis en weekend ou en train de faire les magasins ;)

Pour faciliter la gestion de tout cela, l'IPAG m'a permis de bénéficier d'un léger aménagement dans mon emploi du temps. Je dois quand même le souligner et lui rendre hommage, j'aurais sans doute eu beaucoup de mal à tout gérer sans l'aide d'une excellente amie rencontrée en L3 à l'IPAG qui m'a très généreusement fourni la plupart de ses cours de licence et de master. J'ai vraiment pu me reposer sur elle puisqu'elle me fournissait les cours que je manquais quand je n'étais pas en mesure de m'y rendre à cause de mon travail. Je pense sincèrement que je n'aurais pas pu développer autant mon activité sans elle, et je lui en serais redevable encore bien longtemps !

Arriver à gérer un emploi du temps chargé entre cours et travail demande parfois d'avoir un peu de chance et de tomber sur la ou les bonnes personnes qui s'avèreront être un véritable soutien pour vous. C'est important d'être entouré et soutenu dans sa démarche.

Est-ce bénéfique financièrement ? Peux-tu continuer à toucher des aides ?

Pour ma part, c'est plutôt bénéfique oui. Je suis rédactrice web, donc je n'ai rien eu à financer au début de mon activité... Je n'ai besoin que d'un PC (j'ai quand même dû faire des frais pour m'acheter un vrai PC de boulot) et d'une connexion web !

Depuis 3 ans et demi, mon chiffre d'affaires augmente de manière plutôt satisfaisante. La première année, j'ai gagné l'équivalent d'un mois de travail salarié. L'année suivante j'avais doublé ces gains et l'année dernière également. Je n'ai pour le moment pas de frais à engager. J'ai quand même dû payer une taxe professionnelle d'une centaine d'euros il me semble en début d'année (les autoentrepreneurs en sont exonérés pendant 3 ans) et je dois payer des charges de 22,9 % sur tous mes gains chaque trimestre. Ainsi, lorsqu'un client me paye une facture de 100 €, j'ai en réalité 77,10 € qui rentrent dans ma poche.

Mes gains n'ont pour le moment pas d'incidence non plus sur mes aides que je peux continuer à toucher. En revanche, je risque de voir mes APL diminuer l'année prochaine en raison de la hausse de mes gains l'année dernière. Je ne touche pas la bourse donc je ne peux pas parler de ça, mais il me semble qu'elle est liée directement aux revenus des parents. Je ne pense donc pas qu'il y ait d'incidence sur ce type d'aides.Si je gagne suffisamment, ou trop selon la façon dont on voit les choses, je risque également de devoir payer des impôts. Mais tout ça n'est qu'une question de calculs.

Que pensent tes clients de cette situation ?

Au début, je ne l'ai pas dit à tous mes clients. J'avais peur qu'ils pensent que je ne suis pas professionnelle et que je n'aurais pas assez de temps à accorder à mon travail parce que je suis étudiante.

Au fur et à mesure je l'ai dit à certains, et j'ai finalement été obligée de le dire à tous mes clients... notamment car je suis incapable d'assurer des commandes en période d'examens. Il faut quand même garder des priorités et en période d'exams, la priorité c'est les études !Pour ma part mes clients ont été compréhensifs et ne m'ont pas fait moins confiance pour autant. J'ai des commandes régulières mensuelles de clients avec qui je travaille pour la plupart depuis un moment maintenant. Leur parler de ma situation m'a également permis de justifier mon inactivité professionnelle en période d'exams ce que tous ont compris.

Quel est ton bilan ?

Je ne pense pas qu'être étudiant soit un frein à la croissance d'une autoentreprise pour peu qu'on soit motivé, qu'on aime ce que l'on fait et qu'on n'abandonne pas. C'est épanouissant bien sûr de voir le fruit de son travail se traduire en monnaie sonnante et trébuchante dans sa poche, mais c'est aussi extrêmement épuisant parfois... Moi j'aime vraiment ce que je fais. J'aime le contact avec mes clients bien que certains aient des exigences qu'il est parfois difficile de respecter : mais le client est roi comme on dit ! J'aime vraiment le fait de travailler pour moi, de n'avoir aucune obligation particulière à part celles que je m'impose. Je me rends compte également que j'ai la chance d'avoir un travail assuré quand je vois combien il est difficile pour certains de mes amis de trouver un job d'été "classique".

Je ne regrette absolument pas de m'être lancée dans cette activité aujourd'hui, au point que j'ai envie d'en faire plus, de m'agrandir et de développer ma clientèle. Cela demande un travail intense, mais c'est bien plus épanouissant qu'être salarié dans la boîte d'un autre... du moins, selon moi !