Etudes et Analyses

Musique en streaming : un marché en plein boom

Spotify, Deezer, ces noms ne vous disent rien ? Ces plateformes d'écoute de musique en ligne sont à l'avant-garde d'un marché destiné à supplanter celui du CD. Depuis bientôt une dizaine d'années, au lieu d'acheter sa musique, on peut louer pour quelques euros par mois l'accès à un immense catalogue de plusieurs dizaines de millions de morceaux, à écouter sans limites sur son PC ou son Smartphone. Derrière ces deux poids lourds, de nombreux acteurs du web (YouTube, Google, Soundcloud), de la culture (la Fnac) mais aussi des outsiders lorgnent sur un des rares marchés musicaux en pleine croissance. Retour sur les principales offres disponibles et sur les évolutions à attendre d'un secteur en perpétuelle révolution.

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Spotify

http://mashable.com/2013/09/03/spotify-connect/

Une offre de musique en ligne plus dense que jamais

Rodée au fil des ans, Spotify et Deezer voient leur offre imitée par de nombreux acteurs qui ne disposent pas encore du même catalogue, mais qui ont chacun leurs propres armes pour tenter de séduire les utilisateurs.

Spotify et Deezer, deux géants au catalogue impressionnant

Le français Deezer et le suédois Spotify, lancés respectivement en 2007 et en 2008, proposent aujourd'hui un service similaire, avec écoute gratuite et limitée entrecoupée de publicité. Pour 9,99 euros par mois, ils proposent d'accéder à tout le catalogue sans publicité, y compris depuis votre smartphone. La qualité d'écoute est, elle aussi, similaire dans les deux plateformes, avec une fréquence de 320 Kbits par seconde qui garantit un son irréprochable.

Pour les départager, c'est une affaire de goût : les deux services proposent une interface léchée mais à l'ergonomie sensiblement différente. Côté catalogue, léger avantage à Deezer, qui propose pas moins de 35 millions de titres, contre « seulement » 25 millions de morceaux pour Spotify, ce qui les place loin devant les autres concurrents. Autre différence, Deezer propose une formule intermédiaire à 4,99 euros permettant d'écouter tous les morceaux sans publicité depuis un ordinateur.

Des outsiders à surveiller de près : musicMe et Qobuz

Derrière, la concurrence s'organise et s'aligne souvent sur les services des deux leaders du marché. Fondé en 2006, le français musicMe propose également un service gratuit avec publicités, et une formule payante illimitée à 9,90 euros par mois, qui inclut le téléchargement des titres sur son PC ou son smartphone pour les écouter hors ligne. musicMe n'offre l'accès qu'à 3,6 millions de titres, mais ses accords avec quatre majors et huit cent labels vous assurent d'accéder à l'essentiel des titres phares d'hier et d'aujourd'hui. Comme Deezer, musicMe propose une version intermédiaire qui propose l'écoute illimitée et sans pub depuis un PC pour 4,90 euros par mois. Enfin, comme chez la plupart des concurrents, le service est gratuit pendant 30 jours.

Egalement fondé en France, Qobuz propose un service similaire à 9,99 euros par mois en illimité (PC et smartphones) avec un catalogue impressionnant de 14 millions de titres. Ses contrats avec les maisons de disque (Sony BMG, Universal, EMI...) et avec de nombreux labels vous assurent d'y retrouver vos artistes favoris, ainsi qu'une multitude de valeurs montantes à découvrir, mises en avant par les recommandations éditoriales de Qobuz. Mais la start-up se démarque par son parti-pris qualitatif : son abonnement Hi-Fi à 19,99 euros mensuels donne accès à des formats audio « sans perte » grâce à des fichiers FLAC 16 bits à 44,1 Khz.

Des petits nouveaux au nom bien connu : Fnac Jukebox et YouTube

La Fnac, dont les ventes de disque fondent comme neige au soleil, a rejoint le marché en 2014 avec Fnac Jukebox. Le catalogue est en cours de construction et compte pour l'instant « des millions de morceaux », sans précision, mais compte sur la visibilité de la marque pour développer sa base d'utilisateurs et ses contrats avec les majors. Les prix sont les même que chez les concurrents en illimité (9,99 euros par mois pour PC et Smartphones iOS et Android) mais on remarque une innovation : une formule à prix cassé permettant d'écouter chaque mois 200 titres à volonté, pour 2 euros.

YouTube vient également de lancer Music Key, une formule à 9,99 dollars par mois, pas encore disponible en France. Elle donne accès au contenu vidéo de YouTube sur votre smartphone (et donc à un nombre incalculable de clips musicaux), le tout sans les publicités, et fonctionnant en tâche de fond, même quand vous sortez de l'appli.

Une plateforme originale, Soundcloud

Soundcloud s'est fait connaître comme une plateforme de partage de musique en ligne. Comme YouTube, n'importe qui peut y créer un compte et y partager sa musique avec les 175 millions de visiteurs uniques. Cette base d'utilisateurs a donné des idées à la start-up berlinoise qui est en train de finaliser des accords avec des maisons de disque pour ajouter à son immense catalogue celui des majors. Le service devrait donc bientôt être monétisé grâce à de la publicité, et à une formule payante qui proposera l'écoute illimitée avec des options étendues. L'énorme avantage de Soundcloud sera de donner accès, comme YouTube, à tout le contenu musical créé par des particuliers mais aussi par les stars en devenir qui y trouveront une plateforme de contact direct avec le public.

Dans un marché précaire, s'intégrer ou mourir

Avec 34,7 millions d'euros de chiffre d'affaire annuel (selon le Syndicat National de l'Edition Phonographique), le marché de la musique en streaming connaît une croissance lente (plus 4% par rapport à l'année précédente) qui peine à rémunérer artistes et plateformes. Maisons de disque et plateformes de streaming ont tout intérêt à continuer de développer le catalogue disponible pour attirer de plus en plus d'abonnés.

Avec des prix quasiment identiques (autour de 10 euros par mois), certaines plateformes tentent de se démarquer en proposant du contenu éditorial (Qobuz et Deezer) ou en intégrant la plateforme avec les réseaux sociaux. C'est ce que font déjà Spotify et Deezer, qui permettent de partager des playlists avec ses amis Facebook et Twitter, et de savoir ce qu'écoutent vos contacts. Les recommandations sont également un point crucial pour séduire les utilisateurs, et là encore, Spotify et Deezer se sont détachés. Les deux acteurs proposent des algorithmes élaborés qui étudient le comportement de l'utilisateur pour deviner quelle chanson il pourrait avoir envie d'écouter. Et pour cela, ils sont prêts à investir : Spotify a fait l'acquisition, au mois de mars, de The Echo Nest, une start-up spécialisée dans la suggestion et le profilage des comportements musicaux. Même stratégie pour Deezer, dont les algorithmes complexes permettent de proposer un bouton « Flow », qui déclenche un playlist infinie selon vos goûts.

Avec l'arrivée de grands noms comme YouTube et la Fnac sur le marché, les acteurs historiques s'acharnent à renforcer leur intégration dans un écosystème logiciel, pour rendre leur service accessible depuis un maximum de systèmes d'exploitation et d'applis. Encore une fois, Deezer et Spotify ont pris de l'avance : le français a lancé fin 2012 une API qui permet aux développeurs d'intégrer son service à leur application. Spotify, lui, a ouvert son code depuis longtemps, laissant des éditeurs tiers développer des applis et des plug-ins qui en améliorent l'expérience.

Enfin, les partenariats commerciaux représentent une autre voie d'évolution : c'est ce que fait Deezer depuis longtemps en s'appuyant sur la force de frappe d'Orange pour proposer son service à prix réduit aux abonnés Sosh et Orange. Spotify a lui inventé un partenariat amusant avec Uber, le service de voitures avec chauffeur sur smartphone : l'appli permet d'écouter vos propres playlist depuis l'autoradio du chauffeur. Pour atteindre le public, tous les moyens sont bons.